André Buet

Né à Grenoble - les BUET habitaient Bois d’Arcy en 1560, puis la Perrière, puis Brosses, et Montillot vers 1850.
Etudes supérieures à Paris. Diplômé “ingénieur civil de l’Aéronautique”, a été employé de 1950 à 1990 à l’usine de Cannes de la Société Aérospatiale.
André Buet

Cette requête , adressée à l’Evêque d’AUTUN, est conservée aux Archives de Saône-et-Loire, dans la liasse « Cases des cures – Asquins », sous la cote 2G 85 .

Le texte en est parfaitement lisible et clair, rédigé en termes choisis par le curé d’Asquins.

Voici quelques passages…

A Monseigneur l’illustrissime et Reverendissime Evêque d’Autun

Monseigneur

Supplient humblement les Curé, syndic et habitans du Vaudongeon, paroisse d’Asquin sous Vezelay disans qu’ils désirent depuis longtems de faire construire dans leur hameau une chapelle dont le besoin leur paroit evident pour les raisons qu’ils vont avoir l’honneur de detailler à votre grandeur.

        1°) les habitans dudit lieu composant quarante deux ménages et se trouvant éloignés de l’église du chef-lieu de trois grands quarts de lieues, il arrive souvent que la distance des lieux, les mauvais tems ou les mauvais chemins empêchent un bon nombre d’entre eux de se rendre à la prière pour les offices, surtout de l’aprez midi. Or au moien d’une chapelle ils repareroient cette omission en s’assemblant le soir des dimanches et fêtes dans laditte chapelle pour y faire une prière et une lecture commune, ce qui contribueroit a fructifier parmi eux le St Jour  (?) et ne seroit pas d’un petit secours pour les entretenir dans l’esprit de piété qui ne s’éteint que trop aisément lorsqu’on manque aux exercices communs de religion.

        2°) il resultera de la construction de ladite chapelle que le St viatique et les aitres sacremens seront administrés avec plus de facilité et de décence aux malades, puisque le curé ne sera plus obligé de transporter de l’église paroissiale le St viatique dans le hameau …mais il pourra dire la messe dans laditte chapelle, et y consacrer les hosties nécessaires pour communier les moribons.

        3°) cette chapelle sera encore d’un grand secours pour les infirmes et les vieillards…

        4°) comme il n’est pas possible que les petits enfans de ce hameau puissent se rendre à la paroisse pour y assister aux instructions familières, et qu’il est néanmoins de la dernière importance d’instruire la jeunesse dès les plus tendres années ; le sieur curé pourra facilement en venat dire de tems en tems la messe …rassembler les petits enfans et les instruire de ce qu’il estnécessaire qu’ils sachent.

…Lesquelles raisons etant très solides et ayant vivement touché les habitans du dit Vaudongeon, ils vous font la presente requête à ce qu’il plaise à votre Grandeur de commettre Monsieur l’Archipretre ou tel autre prêtre qu’elle jugera à propos pour se rendre audit lieu du Vaudongeon et constater la distance de l’église paroissiale et les raisons d’ériger la chapelle dont est question, entendre toutes parties interressées …pour a vüe du procès-verbal qui sera donné du tout, être par votre grandeur ordonné ce qu’il appartiendra et les suppliants offriront leurs vœux au Seigneur pour la prospérité de votre grandeur.

Suivent les signatures :

B. GROGNOT, Curé d’Asquin ; Nicolas MARCELOT ; E. et J.FEBVRE ; C. GUILLOUT
Aubin GUILLOUT ; H. COLLAS ; M. PERREAU ; Lazare DEGOIT ; C. GUILLOUX
G. LUCI ; C.MERCIER ; C. GUIMARD ; J. FEVRE ; Edme GAILLOT – G. et C. Le MOUX.

On trouve ensuite, dans la même liasse, le rapport de l’expertise demandée par l’Evêché:

L’an mile sept cent soixante et huit, le douze de juillet, nous Hubert Chalumeau, curé de St Pierre et archiprêtre de Vézelay, en conséquence d’une commission a nous adressée par Mr l’abbé Fremont, vicaire général d’Autun en datte du premier du present mois, sur une requeste présentée a Monseigneur l’Evêque d’Autun par le Sr Curé d’Asquin et les habitans de Vaudongeon ses paroissiens, expositive que, ayant des deniers provenants des bois communaux du dit Vaudongeon, ils desireroient, si Sa grandeur vouloit leur  permettre, edifier une chapelle dans ce hameau qui leurs seroit d’une grande utilité pour les y détaillées.

Nous nous sommes exprès transporté au dit Vaudongeon pour examiner la chose, et entendre les parties ; ou nous avons trouvé le Sr Curé et les habitans assemblés comparants par Nicolas MARCELOT,  sindic ; Edme FEVRE ; Edme GUILLOUX ; Claude GUILLOUX, laboureur ; Anthoine MERCIER ; Claude GUILLOUX, tixier ; Aubin GUILLOUX ; Edme GAILLOT père ; Edme GAILLOT fils ; Guillaume LEMOUX ; Claude LEMOUX ; Hubert COLAS ; François COLAS ; Jean FEVRE, laboureur ; Jean FEVRE, maître d’ecole ; Lazare de GOIX ; Pierre et Etienne GUIMARD ; François LEMOUX ; Nicolas COLAS ; Claude FEVRE ; Jean MAILLOT ; Jacques MELIME ; Simon POULIN ; Jean BIDAULT ; Germain et Edme COLAS ; Jean MERCIER et Nicolas MERCIER, qui composent la melieure et la plus saine partie des habitans du lieu.

Lesquels nous ont représenté que vuë la distance de là à l’église paroissiale et la difficulté du chemin ….etc etc

….Le Sr Curé nous a exposé surtout dequel avantage seroit cette chapelle, soit pour administrer les malades ….soit pour communier à Pâques ceux qui pour cause d’infirmité ne peuvent se rendre à la paroisse, soit enfin pour instruire la jeunesse…

Toutes ces raisons nous ont paru vrayes, solides et bien fondées  ….ce qui nous fait juger qu’il est très a propos de construire ladite chapelle et qu’elle le soit bientôt.

Rien d’ailleurs ne s’y oppose. Il y a un fond suffisant pour l’édifier, et la mettre dans l’état de decence convenable. Les dits habitans de Vaudongeon offrent et sacrifient pour son entretien un fond de terre qui leur apartient, et qui suffira, et au dela pour la réparer et l’orner selon l’exigence. L’emplacement qu’on luy destine et que nous avons visité est très propice à cette construction ; il est dans la partie supérieure du village, sur un sol bien exposé, sain, isolé, et que nous avons reconnu, et certifions véritable ainsi que tout ce que dessus ; en témoignage de quoy nous avons signé le present verbal, fait et arresté les jour et an que de l’autre part ».

                                                                  Signé : Chalumeau.

Des recherches complémentaires devraient permettre de trouver le document annonçant l’accord de l’Evêque d’Autun.

La chapelle a donc été construite, vraisemblablement vers 1770.

On ne peut que rapprocher cette date de celle du 2 Novembre 1789, où l’Assemblée Constituante a « nationalisé » les biens ecclésiastiques.

On sait – voir dans cette même rubrique « Histoire » l’article intitulé « 1789-1790 ; la Révolution à Montillot ; vente des biens nationaux » – , qu’après l’inventaire effectué le 1er septembre 1790, la procédure a été plus lente pour la chapelle du Vaudonjon que pour l’église de Montillot.

Peut-être est-ce lié à la réforme administrative de l’Etat. Vaudonjon, comme les Hérodats, appartenait à la paroisse d’Asquins sous l’Ancien Régime, et son rattachement à Montillot a suivi la nouvelle définition des cantons et des communes  (le nom « Yonne » a été choisi pour le département en février 1790).

L’estimation des biens de la cure de Montillot a été faite en juin 1791, et celle de la chapelle de Vaudonjon en juin 1799.

L’adjudication définitive des biens de la cure et de la Fabrique de Montillot s’est échelonnée de 1791 à 1796. Celle de la Chapelle du Vaudonjon a été conclue le 6 thermidor An VII (24 juillet 1799) :

« adjugé à Denis Colas, cultivateur, demeurant à Montillot, pour 595 francs…lequel a déclaré que ladite adjudication est tant pour lui que pour Antoine Mercier, Edme Mercier, Claude Fèvre fils de Joseph,, cultivateurs demeurant au Veaudonjon, et Edme Boy, propriétaire demeurant à Vermenton »…

On constate donc que la chapelle de Vaudonjon, si ardemment souhaitée par les habitants de ce hameau, n’a été un lieu de culte qu’une vingtaine d’années.

Pierre Guttin  a entendu dire qu’il y aurait eu une école vers 1800 dans cette chapelle. Le nombre de foyers le justifiait certainement. Du temps de son enfance (début du 20ème siècle), une quarantaine d’élèves venaient à pied à l’école de Montillot ( un tiers étaient de l’Assistance Publique – DASS de l’époque – ).

Propriétaires successifs de la « Chapelle du Vaudonjon »

1)- Etat des lieux en 1817

Le premier cadastre officiel, dit de « Napoléon » a été établi pour Montillot en 1817. On peut le consulter aux archives départementales de l’Yonne (ADY) ainsi que les matrices qui lui sont liées.

L’acte d’adjudication définitive du 24 juillet 1799 désignait avec précision le bien national concerné : «  une pièce de terre chaume garnie de 80 pieds de noyers, de contenance d’un hectare, 65 ares, 88 centiares ( 3 arpents 25 perches), au milieu de laquelle est un bâtiment, cy devant chapelle, ladite pièce de terre traversée par le chemin de Vaudonjon à Montilliot et située sur ladite commune de Montilliot, tenant du levant au chemin de Vaudonjon à la métairie du Sieur Regardin, du midy audit chemin et à la jonction de celui de Vaudonjon à Montilliot, au couchant au même chemin…, et du Nord en pointe à la jonction du dit chemin… » 

Comme prévu dans ce même acte, ce bien était attribué en fait à un groupe d’agriculteurs du Vaudonjon. On ne s’étonnera donc pas de constater sur le cadastre de 1817 un découpage en parcelles de la terre entourant la chapelle (cotes en rouge sur le plan joint page 6, établi à partir du cadastre de l’époque).

Les matrices (réf. ADY – 3P3/266) nous fournissent l’affectation des « lots » :

Cotes

                               Propriétaires

Nature

Surfaces

1429

MERCIER  Antoine               au Vaudonjon

Terre

71a  40ca

1430

 id

id

13a

1431

Commune de Montillot

Friche

 6a   10ca

1432

COLAS  Denis                       au Vaudonjon

Terre

12a  60ca

1433

id

Cour et bâtiment

  5a 10ca

1434

id

Terre

       50ca

1435

id

Jardin

  5a 30ca

1436

FÉVRE   Claude le jeune      au Vaudonjon

Terre

 23a 40ca

1437

MERCIER Edme                  au  Vaudonjon

Terre

 15a 80ca

1438

id

id

   3a 40ca

1439

Commune de Montillot

Friche

   2a 20ca

On trouve une surface totale affectée aux 4 propriétaires désignés de 1ha 58a 80ca pour 1ha 65a 88ca indiqués dans l’acte de vente ; la différence provient vraisemblablement des surfaces réservées aux chemins d’accès.

La partie conservée par Denis COLAS  a la forme d’un rectangle  de 30 m sur 78 m, comprenant au sud la chapelle et un jardin. Elle est toute proche de son habitation (cote 1819).

Sur une photographie aérienne effectuée en 2003  (extrait reproduit page 6), on peut facilement situer l’ancien domaine de la chapelle  (contour tracé en rouge).

2)- Successeurs de Denis COLAS

Denis COLAS a eu 4 enfants :

–          Michelle, qui a épousé un marchand de bois de Châtel-Censoir, Jean-Baptiste TISSIER, est décédée avant 1840. Son fils Basile Denis TISSIER s’est installé au Vaudonjon.

–          Françoise a épousé Pierre DEFERT, taillandier à Montillot.

–          Laurent  s’est installé à Blannay.

–          Jeanne a épousé Jean Poulin, meunier à Marot puis au Gué-pavé.

Après la mort de Denis COLAS, en octobre 1847, ses biens, – bâtiments, terres et jardins – ont été partagés entre les 4 branches. Les matrices cadastrales désignent les parcelles ainsi réparties  sous les   cotes 1432p, 1433p, 1434p et 1435p pour les proches de la chapelle . On trouve donc des propriétaires indivis de ces petites parts à Blannay – Jean MORINAT qui a hérité par exemple en 1873 de 3,16a du lot 1432 –  et à Givry  – Virgile COLAS, qui , en 1852, a eu  0,25a du lot 1434…

Mais petit à petit, un regroupement s’effectue vers les familles qui se sont fixées au Vaudonjon.

Eugène TISSIER,  fils de Denis Basile et petit-fils de Michelle Colas-Tissier, par étapes successives, en 1864,1888,1897 et 1898, avait « récupéré » en 1910, la chapelle et la moitié du jardin .

Après son décès en 1912 , son fils Flavien Victor enregistre parmi ses biens propres en 1914 les lots entiers 1432 à 1435.

En 1936, il transmet à Lucien Victor TISSIER, l’un de ses 10 enfants, la chapelle et la terre proche (lot 1433), en en conservant l’usufruit jusqu’à son décès en janvier1943. 

Madame Veuve Lucien TISSIER les vendra en juin 1963 à Mr Jean Baptiste LAUNAY.

La chapelle de Vaudonjon, désaffectée 25 ans seulement après sa mise en service, est donc restée ensuite dans la même famille de 1799 à 1963, soit 164 ans…

Le tableau généalogique ci-joint montre la filiation directe COLAS-TISSIER des propriétaires successifs…

Chapelle du Vaudonjon . Propriétaires successifs COLAS-TISSIER.

chapelle2

Géographie des lieux…

chapelle3chapelle4

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