André Buet

André Buet

Né à Grenoble - les BUET habitaient Bois d’Arcy en 1560, puis la Perrière, puis Brosses, et Montillot vers 1850.
Etudes supérieures à Paris. Diplômé “ingénieur civil de l’Aéronautique”, a été employé de 1950 à 1990 à l’usine de Cannes de la Société Aérospatiale.
André Buet

Qui était Joseph Anne Georges de Lenferna?

Rappelons brièvement la lignée des châtelains successifs de MONTILLOT depuis le 17ème siècle.

Il s’agissait de « nobles ruraux » et non de seigneurs au sens de l’Ancien Régime, puisque les Abbés de Vézelay détenaient seuls les droits de Justice et de levée des impôts sur les villages de la région.

C’est en 1648 que Bon De La Borde, habitant jusque là La Borde- Roncin, domaine isolé de la paroisse d’Asquins, a acheté des propriétés à Monteliot, dans le Faubourg de « Toucheboeuf » et s’y est installé. Ce n’était pas une demeure seigneuriale : ces terres et ces bâtiments appartenaient quelques années auparavant à un laboureur .

Se disant « Seigneur du Faÿ », du nom de la forêt proche, Bon De La Borde agrandit progressivement son domaine.

Il s’était marié dans l’Aube, à Vaudron, près de Chaource, en 1645, avec Antoinette de Beaulieu. Leur fils  Dieudonné De La Borde, baptisé à Asquins en 1647, épouse Elizabeth De Burdelot, à Brosses, village voisin, en 1674. A son tour, leur fils, Bon De la Borde, se dit « Seigneur du Fay et de Montillot »; il épouse en 1722 à Lainsecq, Marie-Louise de Savelly, fille de François de Savelly, descendant lointain d’une famille de la haute noblesse italienne.

Ce couple eut 5 enfants, dont survivront 3 filles , Louise-Jeanne , Edmée Elizabeth et Françoise.

C’est Elizabeth qui hérite des propriétés de Montillot; elle a épousé en 1771, à 33 ans, Louis Nicolas Marie Mullot de Villenot, 38 ans, fils du Chevalier, seigneur de Villenaut et du Colombier (paroisse d’Etais), capitaine de Cavalerie au cours des campagnes de Louis XIV. Lui-même, Nicolas-Marie, fut Capitaine, et blessé en 1747 pendant la Guerre de Succession d’Autriche.

Il s’installe à Montillot après son mariage avec Elizabeth, et prend en main la gestion du domaine.

Il est Maire en 1789 et 1790, dans la 1ère municipalité élue dans le village au début de la Révolution. Nous disposons de son rapport de gestion communale dans cette période .

Le récit d’un ami de la famille, de passage à Montillot chez Mr de Villenaut  en 1793 relate un épisode de la vie de cette famille.

Leur fille aînée Françoise, née le 29 Mars 1771, est admise en 1780 à Saint-Cyr, maison d’éducation pour les jeunes filles nobles et pauvres, créée en 1686 par Louis XIV et Madame de Maintenon.

Elle  épouse le 1er Août 1805 Joseph Anne Georges De Lenferna, 34 ans, –« J.A.G.L. » dans la suite de ce texte -, fils de Jean Joseph Guillaume, seigneur de La Motte-Gurgy, et de Elizabeth Sophie Le Muet de Bellombre.

Le jeune couple s’installe à Montillot fin 1805 ou début 1806 et J.A.G.L. assure ensuite la gestion de la propriété de son épouse .

C’est son livre de comptes, de 1806 à 1812, qui nous a permis de décrire les travaux agricoles tels qu’ils se pratiquaient à l’époque, sur les exemples de la vigne et du chanvre.

Il y a tellement de détails dans ce registre que nous pouvons, de plus,  avoir une idée assez précise de la vie quotidienne de nos « châtelains ». Que ce mot ne nous trompe pas : si les particules subsistent dans les patronymes et laissent supposer un certain état de noblesse, il ne reste rien des privilèges d’antan…La Révolution est passée : JAGL doit payer ses impôts dans les mêmes délais que son voisin sinon il reçoit un avertissement payant de la part de son percepteur – et pourtant ami ! – le dénommé Thionville…

Il s’agit d’un « bourgeois« , exploitant agricole à Montillot, qui a, au quotidien, les mêmes difficultés et la même vie que ses voisins.

Seule différence, notable : des ressources d’origine familiale – vente de biens datant de l’Ancien régime, pensions militaires …- lui permettent un niveau de vie supérieur, et l’emploi d’un nombreux personnel de service.

Voyons ce que nous pouvons connaître  de quelques-uns des problèmes de leur vie de chaque jour à Montillot.

L’approvisionnement du ménage

Le boulanger Delignon, – gendre Gutteron -, apporte de Vézelay, le samedi ou le dimanche, 18 livres de pain (à 3 sols la livre), pour la semaine.

On note très peu d’achats de viande au détail; les produits de l’exploitation – porcs, volailles…-, complétés par des achats de demi-porcs, devaient suffire. Exceptionnellement, on lit : « 2 livres de viande : 12 sols »; … »1 livre de veau : 6 sols; … »1 livre de cochon : 8 sols »…

Le lait est produit sur place, par le troupeau du « Domaine », géré par le métayer ; …exceptionnellement, en novembre 1810, « payé pour une écuellée et demie de lait à Marie la Pointu : 3 sols … »

Fromage et beurre sont faits à la maison.

Les légumes  viennent des champs (pommes de terre) et du jardin.

Epicerie : quelques prix …

– 1 livre de sel pour 4 sols 6 deniers

– 1 livre de beurre : 15 sols

– 4 harengs pour 5 sols

– 1 livre de riz à 12 sols

– huile d’olive – un luxe …! – 2 l. 4 s. la livre

– 1/2 livre de sucre : 2 l. 2 s…

Vin: il est produit dans la propriété. Mais on en achète quelquefois :

– 1 bouteille de vin de Vaudonjon à 23 centimes

– 1 feuillette de vin d’Escolives ( de chez Laurent Rousseau) : 27 F.50 c.

– 1 feuillette de vin rouge nouveau de Montillot : 28 livres…

 Le 1er Novembre 1808, « donné à Agathe Degoix,…, pour un quart de vin qu’elle m’a vendu, un bichet de froment … »

Acheminement des marchandises et du courrier.

On ne peut aller soi-même faire ses courses chaque jour dans les bourgs et villes de la région.

Il existe donc des « commissionnaires « attitrés, tels Baron à Vézelay et Marceau au Châtel-Censoir, qui vont régulièrement à Auxerre et, en rapportent dans chaque village les marchandises commandées.

En plus, on fait quotidiennement appel aux particuliers qui, allant en ville pour leurs propres besoins, le font savoir à leurs voisins, et, moyennant rétribution, se chargent de leurs commissions.

On voit ainsi J.A.G.L. utiliser couramment pour Auxerre les services de Jacques Forgeot, dit « Tracas » – marchand de sabots -, de Jean Jojot, du blatayer Claude Berthoux, de Pierre Miguière

Il y a aussi Anne Roubeau, mariée à Gabriel Trémeau, qui est cuisinière à Auxerre chez Madame De La Barre, et revient périodiquement à Montillot, en apportant divers objets; au retour, elle emporte du courrier…On voit le médecin Reuche apporter le courrier de Vézelay en rendant visite à un malade, le percepteur Thionville livrer des pointes et des pastilles d’Ipecahuana…

Et des artisans et commerçants « itinérants », tel Edme Jojot, dit « Grillot », meunier du Châtel-Censoir, qui va souvent à Clamecy

Pour Paris, on utilise très couramment les services de Jean Boussard, « sous-meneur »; à ce titre, il accompagne les femmes qui, munies d’un « certficat d’allaitement », vont chercher des nourrissons dans la région parisienne. Il rapporte à J.A.G.L. des graines pour son jardin, achetées chez « Vilmorin-Andrieux, marchand grainier Quai de la Mégisserie dit de la Ferraille »…On lui confie aussi des commisions pour Auxerre, dont il s’acquitte au passage.

Le courrier suit les mêmes cheminements. Il y a des bureaux de poste à Vézelay, Vermenton, Avallon, Clamecy. Mais il ne semble pas exister de voitures postales réservées à cet usage. Les commissionnaires, – et les particuliers qui se déplacent -, se chargent aussi des lettres, sur la base des mêmes tarifs. Le port est payé, selon le cas, au départ ou à l’arrivée; ordre de grandeur : de 3 à 10 sols; 3 sols pour une lettre postée à Vézelay pour Blannay, et 10 sols pour Paris (40 ou 50 centimes en 1812).

La « trésorerie » du ménage.

On fait un large usage du « troc« , – de marchandises et de services -, et peu de règlements se font au comptant.

Mais il faut tout de même quelque argent liquide …!

Chez les commerçants, J.A.G.L. achète très souvent à crédit et règle globalement des montants qui peuvent être très importants, grâce au remboursement de prêts. Et c’est bien l’habitude : on va de « billet » en « billet », d’une échéance à l’autre, en se prêtant de l’argent entre « notables ».

« Le 28 Mars 1808, j’ai emprunté 150 livres payable au 28 May prochain… »

Mais…« Le 28 May 1808 »,…, »Mr Marisy, curé de Brosses, m’a prêtté 150 livres pour 3 semaines pour solder un billet de paareille somme qui échéoit aujourd’huy et que j’ai acquitté »…

« Le 8 May 1809, j’ai remboursé le billet de 100 livres que j’avois fait à Doré, courtier, et l’ai brûlé; j’ai pour celà emprunté 600 livres payable à 5% d’intérêts par an; c’est Madame De La Barre qui me les a fait avoir… »

On emprunte ainsi de petites sommes, selon les besoins immédiats, au garde-forestier Maupin, au percepteur Thionville, à l’huissier, au pharmacien…

Certains paiements sont effectués avec de l’argent déposé chez un huissier de Vézelay, Augustin Marie Morand, dit « La Fleur »; J.A.G.L. lui envoie des « billets » pour répartir ces fonds entre les créanciers.

Et puis il y a quelques ventes des produits de l’exploitation, plus modestes, qui font rentrer un peu d’argent liquide : du beurre à 70 c. la livre; des fromages à 15 centimes; 4 dindes pour 9 livres; 4 chapons pour 4 francs; une brebis à 4 livres; 7 moutons de 2 ans « à 8 l. la pièce »; 7 livres de laine à 2 l. 3 s. la livre; 1/2 cochon à 18 livres; un cochon sur pied à la foire de Vézelay pour 25 livres; un veau à 16 l.; une « vieille vache » à 23 l.; une vache à 64 l. (mais il faut en acheter une autre : 85 l. !.. ); le bois d’un « aigriottier » pour 24 livres; un chêne sur pied à 72 Francs; un millier de « paisseaux » pour 16 francs; la charpente de la grange en démolition pour 320 livres…

A noter que Madame de Lenferna prend elle-même l’initiative d’achats et de ventes courants, et aussi d’emprunts…« Le 10 Juin 1810, ma femme a emprunté 200 livres tournois du sieur Hugot d’Avallon; j’en ai fait au Sr Hugot un billet de 218 livres, intérêts compris, payable au 11 septembre prochain, jour fixe au domicile du Sr Caillet, aubergiste à  Avallon … ».Et 2 jours plus tard, « ma femme a achetté la vache de Claude Jojot, dit Goujard, et l’a payé 105 livres… »

Le 21 septembre, « vendu par ma femme à Toussaint Defert, Charon, un chêne de la pâture pour 40 livres »…

« Le 7 Avril 1811, ma femme a achetté un cochon »…

Relations avec les commerçants et artisans locaux.

Il s’agit des artisans qui viennent travailler dans la maison Lenferna, ainsi que des commerçants qui y livrent leurs marchandises. Voyons ceux qui sont installés, soit à Montillot, soit dans les villages proches, et chez qui J.A.G.L., ou ses proches, se rendent régulièrement…

Jean Porcheron, dit « L’Allemand », est huilier; mais comme tous les artisans et commerçants du village, il est aussi exploitant agricole. C’est le fils de Claude, qui était lui-même laboureur et huilier.

C’est Mme de Lenferna qui va le plus souvent chez lui :

– le 19 Mars 1808, « on a fait chez J.P. une pilée d’huile pour 1 l. 4 s. qu’il devait, ce qui fait quitte… »

– le 13 février 1809,  » ma femme a étté à l’huilerie chez J.P. Elle a fait une pilée de noix, une pilée de chènevis et une pilée de navette. Donné à J.P. une feuillette de pommes  de terre pour 3 livres… »

Les échanges de produits et de services sont courants :« le 4 Avril 1810, donné à J.P. 52 bottes de foin dont il fera état… » « Le 1er Octobre, J.P. a mené 25 voitures de terre dans les Champs Gauthiers … »

Les blatayers sont les marchands de grains. Il y en a plusieurs à Montillot. J.A.G.L. a le plus souvent affaire à Lazare Carillon, dit « Lahichon ». C’est à lui qu’il vend de l’avoine et de l’orge en novembre 1808. Il lui achète froment, orge, avoine, mouture en 1809; orge et froment ( « un bichet râcle »…) et  » 5 quartes combles de vesces » en janvier 1811. Mais on le voit lui acheter aussi du « cochon à 8 sols la livre », « de la graisse à 12 sols », une tête de veau, une « tête de cochon de 14 livres à 5 sols la livre » … »pour en faire un fromage… »!

Les blatayers, pour leur commerce, se déplacent beaucoup. On les utilise donc volontiers comme commissionnaires…

Ainsi Claude Berthoux, dit « Le Dode », va souvent à Auxerre. Il emporte le courrier et fait les courses de J.A.G.L. Une fois il lui emporte des pigeons qu’il vendra au chef-lieu !

Charles Carillon va souvent à Clamecy : il assure donc la liaison avec la famille d’Etais…

Laurent Degoix va à Vermenton, Vézelay et Avallon …

Le maréchal de Brosses, Joseph Robineau, assure de nombreux services : nettoyage d’un tourne-broche; réparation d’un « ratteau », d’une pioche, d’une « ratissoire, d’une « coignée », d’un marteau …; repassage d’une serpe ou d’une faux …

Le cordonnier Gaillon, de Vézelay, a accepté un contrat de J.A.G.L. « le 24 Mars 1808,…,j’ai fait marché avec Gaillon …pour me chausser à neuf pendant un an en souliers ordinaires veau retourné et veau ciré (l’année commence à l’époque de la livraison de la 1ère paire) moyenant quarante huit livres pour l’année dont 12 l. à Pasques prochain, 12 l. 6 mois après et 24 l. à la fin de l’année; il aura pour lui les vieux souliers réserve la mailleure paire à mon choix… » Il reçoit la première paire le 16 Avril. Il lui achète en août des souliers pour Mme de Lenferna ( 5 livres). Le nouveau marché, conclu en mars 1810 prévoit en plus une paire pour sa femme. En novembre, le cordonnier aura en acompte un bichet de froment…Mais le client n’est pas toujours satisfait : le 6 Juillet 1811, « reçu de Gaillon ,…, une paire de souliers pour ma femme, ils ne lui sont pas bons…

Le sabotier Claude Guilloux dit « Dady », fait en avril 1810 deux paires de sabots, pour Françoise Jojot (une servante) et « le Petit » (Alexandre)  (2 l. 4 s. soit 2 F.20 c.); en octobre, une pour Gabrielle Forgeot (autre servante)…En novembre, J.A.G.L. lui vend « 3 minots d’avoine à 6 l. 10 s. le minot… »

Activités civiques .

J.A.G.L. fait partie du Conseil Municipal; Claude Berson avait été nommé maire en juin 1800 par le Préfet de l’Yonne, en application de la « Constitution de l’An VIII » édictée par le Premier Consul Napoléon Bonaparte.

J.A.G.L. est responsable des comptes de la Commune; à ce titre, il est en relation avec M.Sauvalle, Secrétaire général de la Préfecture de l’Yonne.

On le voit s’occuper de la répartition par tirage au sort des coupes des bois communaux; « le 10 Décembre 1808 »,… on a tiré les cantons »…; « le 6 Décembre 1809, j’ai étté numéroter les cantons dans les bois de Montillot »…

En 1811, il est nommé provisoirement percepteur des communes d’Asquins, Blannay, Brosses et Montillot.

On peut classer dans les « activités civiques » l’assistance médicale que J.A.G.L. apporte, – ou tente d’apporter -, à ses concitoyens -.

Le 2 janvier 1810, « j’ai fait le remède de la rage au Petit Pierre (Pierre Carillon) et à 2 femmes de Chevroche » ( quel remède ??).

Le 1er Octobre 1810, même « remède de la rage » à une femme de Voutenay; à une autre, il fournit une « fiole d’Elixir de Longue-Vie » pour 15 sols…

On fait connaissance au passage avec les produits pharmaceutiques et les remèdes divers (les « médecines« ) de l’époque:

– le sirop de vinaigre

– le sirop et les pastilles d' »Ypecacuana »

– l’extrait de Saturne

– les grains d’émétique

– « l’herbe à la fouleure »…

On apprend comment J.A.G.L. faisait son Elixir de longue-vie; mais il reste à identifier certains des composants : – zédoaire; – safran du Levant; – gentiane; – rubarbe fine ; -Thériarque de Venise ; – agaric blanc ; aloès succotrin.

…et aussi comment il fabriquait son encre : – vin blanc ; – vitriol romain ; – alun de roche ; gomme arabique …!

Enfin, il lui arrive d’intervenir auprès d’autorités administratives – préfecture, Ministère de la Guerre…- pour faciliter l’incorporation dans les Armées des jeunes « appelés » de Montillot.

Contentieux

Un certain nombre de différends en cours apparaissent sur le livre de comptes par les dépenses qu’ils entraînent (avoués, avocats, experts, …).

Avec L. P., il s’agit d’une question de bornage, qui a conduit à un jugement de conciliation et à la désignation d’experts et d’un arpenteur…

Et puis quelques autres broutilles de mauvais voisinage, qui entraînaient fréquemment des procès au 19ème siècle, mais qui pouvaient aussi s’arranger à l’amiable.

Le 17 Juin 1808, « les 3 vaches à P.C. ont étté dans l »orge sous le Faye. Elles y ont fait un dégât estimé une quarte râcle ».

Le 28 mai 1809, « j’ai pris G.T. dans les taillis de Baudelaine; je lui ai fait donner 3 livres au garde-champêtre ».

Le 13 Juin 1809, « le garde-champêtre a pris 4 ânes et 3 vaches dans le haut de la Côte Caffard ou la Vather. Le bois est totalement broutté et 2 ceps de vigne mangés »…

Le 14 Août, « j’ai pris dans la pièce des Champs-Gauthiers (pois ronds et orje), le nommé C.G. avec 5 bêtes à corne… »  

Relations avec quelques notables  

A Montillot, il s’agit du notaire A.J.Defert, du percepteur J.B.Thionville, du garde-forestier F.Maupin.

A Brosses, du curé Marisy, – puis du curé Tabouillot -, qui dessert la paroisse de Montillot.

A Vézelay, le Dr Reuche, médecin; Mr Bernardin, « chirurgien »; l’huissier Fontenay.

On a vu que dans ce groupe, on se prête facilement de petites sommes d’argent.

On note peu d’invitations mutuelles; à part le curé de Brosses, qui couche au « Château » lorsqu’il vient dire la messe à Montillot.

On se prête des livres. Il s’agissait souvent d’auteurs « récents » – à cette époque -, tels que Mirabeau et Florian, et d’ouvrages sur la Révolution. Mais on trouve aussi les « Mille et Une Nuits » et les Fables de la Fontaine.

Une fidèle lectrice de cette « bibliothèque circulante » était Madame Maupin, née Jacqueline Gabrielle Desautels, nièce du curé Desautels, prêtre de Montillot de 1764 à 1796.

On se passe aussi des « Chansonniers »; il doit s’agir d’écrits humoristiques…; mais que dire après tout ce temps, du « Chansonnier des Grâces 1806 » et des « Demoiselles 1809 »?

Mais J.A.G.L. se procurait aussi des livres sérieux, dont les éditions se sont sans cesse renouvelées depuis lors (!) : le « Code Pénal » (1 F. 25), le « Code rural et forestier » (4 F.), et l' »Almanach du Cultivateur » (33 c.)…

Déplacements locaux et voyages.  

Vézelay : J.A.G.L. manque rarement la foire mensuelle de Vézelay. Aller et retour se font facilement dans la journée, probablement à cheval s’il est seul, par le chemin direct passant à Asquins. Il y retourne une ou deux fois dans le mois, ou bien y envoie un membre de son personnel.

Il arrive qu’il y aille seulement pour se faire couper les cheveux, chez le « perruquier » Gilet, moyennant 4 à 10 sols.

Mais en général, il rencontre les commerçants et artisans du lieu : le menuisier Boignard, le chapelier Rebrejet, les tailleurs Zimer et Bidault, le sellier Forestier ,- qui lui répare sa selle et sa culotte de peau et lui fournit des guêtres -, l’armurier Saingeon, – pour l’entretien de son fusil et de ses pistolets -, le boulanger Delignon…Il achète du sel. Il prend les « remèdes » ordonnés par son ami le médecin J.B.Reuche et préparés par Mr Bernardin, Officier de santé, pharmacien. Il dépose son courrier au bureau de la Poste et relève les lettres arrivées à son nom. Il remet au « Commissionnaire » Baron une liste d’achats à effectuer à Auxerre pour ses propres besoins. Il lui arrive de consulter le notaire Monsaingeon, ou l’un des huissiers, soit Fontenay, soit Richebraque, soit Morand, – dit »La Fleur »- …

Lorsqu’il est accompagné de son fils et de son neveu, il leur achète des gâteaux, du pain d’épices, des châtaignes …

Avallon : …une ou deux fois dans le mois. Ce voyage se fait aussi dans la journée.

On va à Blannay, par les Hérodats. Il n’y a pas encore de pont. Le passeur Eloi Foin demande 5 sols pour l’homme et son cheval. La traversée est courte, mais on a le temps de faire du commerce : le passeur lui vend des graines de raves, et en juillet 1810, J.A.G.L. lui cède des « courbes » de bateau pour réparer le sien…!

Il rend visite à son avoué, Maître Houdaille, plusieurs « affaires » d’héritage et de partage étant en cours. Il va aussi chez le quincaillier Prat. A midi, il « dîne » à l’auberge; le 7 Juin 1808, il paye pour son cheval et lui 3 livres 16 sols (3F 80).

Au retour, il peut acheter à Valloux des saucisses et des échaudés…

Ensuite, il repasse la Cure et il lui arrive de s’arrêter à Blannay chez son oncle maternel Destut (…de Blannay) et même d’y coucher avant de rentrer à Montillot.

Auxerre :  Avant son mariage, J.A.G.L. habitait Gurgy, à 6 km d’Auxerre. Il venait donc souvent dans cette ville et y avait ses fournisseurs attitrés.

Son nouveau domicile, Montillot, est nettement plus éloigné, – environ 35 km -.

Il fait donc ce voyage en 2 étapes, avec arrêt pour la nuit, soit à Vermenton, chez l’aubergiste Ouvré, soit à Bazarnes chez Grandjean. Il y a aussi un « passage de bateau » à 6 sols .

Le trajet est parcouru certaines fois uniquement à cheval.

Il peut aussi se faire amener à Vermenton, et utiliser ensuite le service du « carioleur » Spanelle jusqu’à Auxerre (1 livre 14 sols / 1 F. 70c., …et 4 sols de plus pour un paquet). Il y a un arrêt à Saint-Bris, et on peut y déjeuner. Une fois, il dit avoir pris la « diligence »…

Une autre fois, il y va avec son beau-frère De Villenaut en voiture tirée par leurs deux chevaux…

Une ou deux fois par an , il reste plusieurs jours au chef-lieu, et loge en général chez Carillon, à l’Auberge « A la Bouteille », Rue du Pont.

Il a « ses habitudes » chez quelques commerçants et artisans : le pâtissier Rousseau; le bourrelier Auvigne; le tailleur Potherat, rue Joubert; le drapier Gremaret; le chapelier Baudelot; le coutelier Dupray, rue du Marché aux Poules; le cordier Sognet; les perruquiers Tulout et Clopet (coupe de cheveux : 5 à 8 sols). Il achète une faux (4 l. 5 s.) au chaudronnier Delsus, rue Joubert; un entonnoir, des arrosoirs, des balances …au ferblantier Cremeret; des livres aux libraires Marie, rue Dampierre, et Petit, rue de Paris…

Entre temps, il fait faire ses achats par le commissionnaire Baron de Vézelay et par Pierre, le conducteur de la diligence, ou bien par le personnel de son amie et cousine Mme De La Barre…

EtaisCinq ou 6 fois au moins par an, J.A.G.L. et son épouse, – le plus souvent séparément -, vont passer quelques jours au Domaine du Colombier, – sur la commune d’Etais-la-Sauvin -, propriété de famille des Villenaut.

Comme pour Auxerre, il y a plus de 30 km à parcourir; le voyage se fait en deux étapes. On passe par Asnières, Coulanges sur Yonne et Andryes. On couche en général à Coulanges, chez l’aubergiste Coulon (…payé 1 l. 17 sols, le 5 Mars 1808, avec le dîner, plus un quart d’avoine pour le cheval…).

Il arrive qu’on fasse tout le trajet dans la journée.

On peut aussi faire la route « à âne » :  » le 31 Décembre 1808, ma femme est partie avec Jean Boussard pour Etais avec mon Petit et le Petit du Chevalier de Villenaut sur deux asnes… ».

Mais il faut en général une voiture pour Madame de Lenferna, et aussi pour transporter des marchandises diverses. En avril 1810, « le domestique de Madame de La Barre a étté à Etais avec un âne chercher ma femme… ». Et le 2 juin 1812,  » j’ai ramené de chez le Chevalier mon beau-frère une petite truye et une poule caude … »

Paris : A signaler un seul voyage à Paris en Juillet 1812 : J.A.G.L. allait chercher sa mère à Belleville pour la ramener à Montillot. Grâce au relevé de comptes, qui ne nous épargne rien, nous revivons cette expédition. 

 Le 7 du mois, il va coucher à Vermenton, chez l’aubergiste Ouvré; le 9, avec le « carioleur » Spanelle (1F50c) à Auxerre, où il couche chez l’aubergiste-pâtissier Rousseau, rue Dampierre, au coin du Marché-Neuf. Le 12, il va par « carioles » d’Auxerre à Montereau (4F70c).

Le 13, il monte dans le coche d’eau (voir la gravure ci-dessous) pour Paris, et arrive le soir à Belleville.

cocheIl profite de son séjour à Paris pour faire de multiples achats.

Le 22, départ de Paris par le coche d’eau avec sa mère (2 places: 8F90c).

Le 23, retour à Auxerre par les « Cariolles ». Sa mère est déposée à Joigny, d’où un voiturier la ramènera à Auxerre.

Le 24 Juillet, il revient coucher à Vermenton, et le 25, à Montillot…

Le 28, coucher à Vermenton et le 29 à Auxerre .

Le 30, il revient avec sa mère à Vermenton pour la nuit. Le 31, arrivée de l’équipage à Montillot …  

Voilà comment ces 550 pages d’écriture serrée  de ce Registre nous permettent d’approcher  quelques aspects de la vie à Montillot en ce début du 19ème siècle.
Sur le niveau affectif ou amical des relations entre personnes, nous ignorons tout; un livre de comptes est peu éloquent dans ce domaine! Mais ce n’était pas le but de ce court reportage dans le Montillot d’il y a 2 siècles…

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